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Thomas Portes
Actualités

BUDAPEST – Jour 1

Hongrie. Direction Budapest pour ma troisième mission électorale dans le cadre de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, après celles effectuées en Macédoine du Nord et aux États-Unis.

Avant de parler des enjeux politiques et du contexte électoral de ces élections législatives, quelques mots sur l’OSCE. Née au lendemain des accords d’Helsinki, l’OSCE est la plus grande organisation régionale de sécurité au monde. Elle est aujourd’hui composée de 57 États membres et de 13 États partenaires. 323 parlementaires des pays membres siègent au sein de l’APOSCE. Pour la France, la délégation est composée de 13 membres : 8 députés et 5 sénateurs. L’une de ses missions est l’observation électorale, qui a pour objectif de vérifier la conformité du processus électoral (transparence, pluralité, sincérité du scrutin …). Critiquée par certains, encensée par d’autres l’OSCE, comme toute organisation internationale, est loin d’être parfaite. Elle demeure cependant à ce jour la seule institution de sécurité européenne où la Russie, les États-Unis, le Canada, tous les pays d’Europe et d’Asie centrale, peuvent dialoguer directement dans un cadre multilatéral.

« Un scrutin aux enjeux européens et mondiaux »

L’enjeu des élections législatives qui vont se dérouler dimanche 12 avril dépasse largement le cadre de la Hongrie. L’Europe, et même une partie du monde, comme le montre le déplacement du vice-président américain JD Vance moins d’une semaine avant le scrutin, auront dimanche soir les yeux rivés sur ce pays d’Europe de l’Est, dont la capitale est Budapest. Après 16 ans de pouvoir ininterrompu, une question est sur toutes les lèvres : Viktor Orbán va-t-il se maintenir au pouvoir et enchaîner un cinquième mandat consécutif ou sera-t-il défait par son adversaire Peter Magyar du parti Tisza ? Après des années de pouvoir autoritaire, le mirage d’une Hongrie identitaire et prospère, présentée par Orbán comme un « incubateur de la politique conservatrice du futur », vient se fracturer sur la réalité économique du pays. Depuis 1998, date de son premier mandat, la réduction des libertés, les inégalités en constante augmentation et les répercussions de la guerre en Ukraine sur les questions énergétiques (prix et ressources disponibles) épuisent la population d’un pays déjà écrasé par l’affaiblissement des services publics et les aléas de l’inflation. Si les experts donnent Orbán perdant dimanche soir, rien n’est écrit. En 2022, une coalition très hétéroclite de l’opposition unie, à laquelle nombre d’observateurs promettaient un bon score, n’avait pas été en capacité d’empêcher Orbán et son parti de conserver une super majorité au Parlement. 

« Orbán, fer de lance de l’extrême droite européenne et de l’internationale MAGA »

Dans une Europe vieillissante, où l’extrême droite agite les peurs autour d’une submersion migratoire qui aurait pour conséquence fantasmée la disparition de la civilisation occidentale et de ses valeurs chrétiennes, Viktor Orbán est un atout majeur de l’extrême droite européenne mais aussi mondiale. Pays de moins de 10 millions d’habitants, la Hongrie a vu ces derniers mois débarquer deux poids lourds du gouvernement Trump. C’est d’abord le secrétaire d’état Marco Rubio qui est venu en février délivrer un message de soutien à Orbán, indiquant lors d’une conférence de presse commune « Je peux vous dire en toute certitude que le président Trump est profondément attaché à votre réussite, car votre réussite est notre réussite ». À moins d’une semaine du scrutin, Trump a sorti l’artillerie lourde pour faire gagner son poulain européen en expédiant pour 48H son vice-président J-D Vance à Budapest. Si ce n’est pas la première fois que Trump et son administration s’engagent pleinement pour soutenir des candidats lors d’élections européennes – ce fut par exemple le cas en Allemagne avec le soutien à la dirigeante de l’AFD Alice Weidel ou encore en Pologne avec le soutien apporté au conservateur Karol Nawrocki – il est rare que des interlocuteurs de ce niveau soient mobilisés. Pourquoi ? Orbán est la pointe avancée en Europe de l’alliance qu’essaye de nouer Trump autour de la doctrine MAGA. Figure de proue du concept de « démocratie illibérale », tenant d’une politique anti-migrants, Orbán incarne pour l’Amérique de Trump l’opposition à l’Europe de Bruxelles. Ne lésinant pas sur les moyens, Trump a annulé les sanctions pour les hongrois en cas d’achat de pétrole à la Russie, dont le pays aux mains d’Orban dépend très largement pour ses apports énergétiques.

Si les États-Unis ont mis beaucoup d’énergie dans cette campagne, l’extrême droite européenne n’est pas en reste. Le 23 mars 2026, un grand Rassemblement « patriotique » réunissait le gratin de l’extrême droite européenne avec, entre autres, Geert Wilders (Hollande), Santiago Abascal (Espagne / Vox), Matteo Salvini (Ligue italienne / Italie) ou encore Tom Van Grieken (Belgique). Autre figure d’extrême droite à être venue soutenir Orbán : rien de moins que le président argentin Javier Milei, venu prononcer le mois dernier un discours lors de la conférence d’action politique conservatrice (CPAC), succursale du mouvement Make America Great Again (MAGA). 

« L’Ukraine au cœur de la campagne »

103. C’est le nombre de kilomètres que mesure la frontière entre l’Ukraine et la Hongrie. Depuis Budapest, il faut 4 heures de route pour s’y rendre. La guerre est aux portes du pays. C’est un sujet majeur de la campagne. D’abord, car les tensions entre Kiev et Budapest sont au plus haut depuis l’arrêt des livraisons de pétrole russe au travers de l’oléoduc Droujba, qui transite par l’Ukraine. Chacun ses griefs : les Ukrainiens dénoncent des frappes russes ayant endommagé l’oléoduc quand Orbán accuse Zelinsky de retarder volontairement les travaux afin de bloquer l’arrivée du pétrole russe en Hongrie. Très enclavée et ultra dépendante pour son apport en gaz et en pétrole, la Hongrie ne peut se passer de cet oléoduc ni de la Russie. Depuis janvier, Orbán a multiplié les annonces de mesures de rétorsions contre l’Ukraine, utilisant son droit de veto (et jouant de la règle de l’unanimité) pour bloquer un prêt européen majeur de 90 milliards d’euros à destination de l’Ukraine. Cette bataille autour des questions énergétiques a depuis quelques semaines gagné en intensité, pour ne pas dire en virulence. Jouant sur les peurs, Orbán n’a eu de cesse d’alimenter un sentiment anti-ukrainien pour tenter de faire mentir les sondages qui le disent battu. Les affiches que nous trouvons aux quatre coins de Budapest donnent le ton. Le candidat Peter Magyar, principal adversaire d’Orbán, est présenté aux côtés de Zelensky en mode « wanted » avec le slogan « Ils sont dangereux ! Votez Fidesz». Durant la dernière ligne droite de cette campagne, Orbán propose aux électeurs ce choix binaire « soit vous votez pour Peter Magyar et la Hongrie basculera dans la guerre, soit vous votez pour moi et je vous garantis la paix et la stabilité ». Derrière cette stratégie, qui mélange l’utilisation de l’intelligence artificielle et la diffusion de fake news, se dessine l’ombre de Moscou. Si l’administration Trump a mené une campagne publique offensive de soutien à Orbán, Poutine et la Russie ont aussi déployé des moyens pour agir dans l’ombre au service de la réélection d’Orbán, à commencer par des campagnes de désinformation massive. Ce que de certains commentateurs avisés qualifient d’axe Russie – Hongrie – USA.

« Pourquoi l’issue est incertaine ? »

Comme en France, les sondages ne sont pas sûrs. Si Orbán apparaît indéniablement en ballotage défavorable, l’expérience de 2022 appelle à la plus grande prudence. Orbán, en poste depuis 16 ans, a fait du remodelage électoral favorable le nouveau sport national. Profitant d’une large majorité au Parlement, il n’a eu de cesse de modifier le système électoral pour servir son parti, le Fidesz. Contrairement à la France, sur les 199 sièges que compte le parlement hongrois, seuls 106 sont élus dans des circonscriptions. Les autres, à savoir les 93 sièges restants, sont attribués à la proportionnelle à partir de listes nationales. Chaque voix obtenue par le député gagnant dans sa circonscription et considérée comme « superflue », c’est-à-dire toutes les voix obtenues en plus de celles strictement nécessaires pour gagner face aux autres candidats, sont attribuées aux voix destinées à la liste nationale de son parti. C’est ce qu’on appelle le mécanisme dit de « compensation du gagnant ». Un mécanisme taillé sur mesure pour Orbán, qui sait pouvoir compter sur des scores nettement favorables dans une large partie de la Hongrie rurale. Le scrutin est aussi incertain car Orbán a verrouillé tous les grands médias hongrois, et utilisé tous les outils à disposition du pouvoir pour empêcher les autres candidats d’exister. Cela suffira-t-il à renverser la situation à son avantage ? Dans un pays où l’inflation atteint des records : + 50 % sur l’alimentation, où le prix du litre de lait atteint 1,20 € et celui de pâtes 4,50 € le kilo, les habitants sont préoccupés par la question des services publics, du pouvoir d’achat ou encore de la corruption. Loin, très loin, des thématiques de prédilection du Fidesz. 

Avant de dormir, je jette un œil à la télé hongroise. Je m’arrête sur la chaîne M1, première chaîne de télévision publique. Quelques minutes suffisent à observer l’instrumentalisation du média comme outil de propagande au service du pouvoir en place. On peut y voir Orbán, y entendre le Fidesz ou y entendre Orbán y voir le Fidesz. Une étude publiée par des chercheurs de Connect Europe et de l’institut hongrois Republikon indique qu’entre février et juillet 2025, la chaîne publique M1 a accordé 73 % de son temps d’antenne au parti du Premier ministre. C’était l’une des remarques de l’OSCE lors de sa dernière mission d’observation en 2018 et depuis, rien n’a changé. 

Panneau publicitaire politique en bord de route, montrant un photomontage et un slogan en hongrois.
Colonne d’affichage éclairée dans une rue de nuit, couverte d’affiches politiques en hongrois.
Colonne d’affichage couverte d’affiches politiques en hongrois, dans une rue le soir.
Photographie de deux hommes en costume saluant la foule depuis une scène, devant des drapeaux hongrois et américain.
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Publiée sur Blog de Thomas Portes