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Thomas Portes
Actualités

Il faut en finir avec une école qui trie, filtre et élimine les enfants des classes populaires !

L’égalité des chances. Voilà un principe qui, en théorie, fait consensus. Qui oserait s’y opposer ? Mais derrière les grandes déclarations d’intention, qu’en est-il réellement de cette promesse ?

L’objectif de cette loi est de prolonger jusqu’en 2027 un dispositif censé rendre la haute fonction publique accessible aux jeunes des milieux populaires.

Face aux inégalités flagrantes dans l’accès aux grandes carrières publiques, Emmanuel Macron annonçait en 2021 la création des classes préparatoires « Talents », réservées aux étudiants boursiers: un projet expérimental de trois ans, visant à attribuer 10 à 15 % des places dans cinq grandes écoles du service public.  

Un coup de communication à la Macron, dans la droite lignée du « mérite républicain » si cher à Nicolas Sarkozy. Le projet : garantir l’accès aux hauts postes à une poignée d’élites, au détriment de l’égalité pour tous. 

Voir la vidéo sur YouTube : « Il faut en finir avec une école qui trie, filtre et élimine les enfants des classes populaires ! »

Le « talent »… ce concept aussi vague que culpabilisant, sert ici à masquer l’essentiel : la place centrale des inégalités de départ dans le parcours scolaire. 

Comme le rappelle le sociologue François Dubet, loin d’être insoumis, : « L’égalité des chances exige d’abord de savoir ce que nous offrons aux vaincus de la compétition méritocratique ». 

Alors qu’offrons-nous réellement avec ce dispositif ? 

En 2023, 6 places sur 90 ont été proposées au titre des concours « Talents » à l’INSP. 6 places ! Une goutte d’eau dans un océan d’inégalités. Pendant que l’on se gargarise de 6 exceptions, on ignore les inégalités scolaires bien plus profondes qui, elles, restent intouchées.

Aussi, comment parler de diversité sociale dans la haute fonction publique quand l’accès aux classes Talents est limité à cinq établissements d’élite ? Cette mixité n’est qu’un mirage.

Ce dispositif ne fait que couronner un processus de sélection impitoyable qui, dès l’école, trie, filtre et élimine les enfants des classes populaires.

La France se classe 3e parmi les 28 pays de l’OCDE où l’origine sociale exerce l’une des plus grandes influences sur les performances scolaires. En clair, dans notre pays, pour réussir à l’école, rien ne vaut mieux que de provenir d’un milieu social privilégié.

L’origine sociale, le lycée fréquenté, l’environnement familial pèsent de manière déterminante, favorisant les centres-villes gentrifiés et les établissements privés sous contrat. Un jeune vivant en Île-de-France a 25 fois plus de chances d’intégrer une grande école et 83 fois plus de chances si son père en a intégré une avant lui. La clé de la réussite, c’est d’avoir des parents riches et urbains. 

Les classes préparatoires et les grandes écoles , qui sont brandies comme symboles de la méritocratie républicaine, sont en réalité des institutions qui perpétuent avant tout la reproduction sociale. Elles ne corrigent pas les inégalités, elles les renforcent.

Je suis député de la Seine-Saint-Denis. Dans une maternelle de ma circonscription, des souris infestent les classes et grignotent les cahiers depuis un an. Dans une primaire, une professeure de CP n’a toujours pas été remplacée après un mois d’absence. 

Professeurs inexpérimentés, non remplacés, locaux indignes.. Dans mon département, le mépris social se calcule en heures manquées d’enseignement : un jeune de Seine-Saint-Denis perd un an sur sa scolarité du fait de professeurs non remplacés par rapport à son concitoyen parisien. C’est ici que se joue la lutte contre les inégalités. Et vous voudriez que je dise à ces enfants : « Soyez talentueux. Quand on veut, on peut » ? 

Oui, il faudrait du talent voire du génie pour échapper à ce système qui fait échouer les rêves avant même la majorité. Beaucoup d’entre eux passeront par Parcoursup : anxiogène, inégalitaire, conçu comme un outil de tri social, nous demandons sa suppression. 

Le mythe d’un système scolaire permettant l’ascension sociale est une fiction puissante, qui sert avant tout à donner bonne conscience aux gagnants du système. Dès lors, comment débattre du recrutement des élites sans s’attaquer aux inégalités scolaires qui minent véritablement notre société ?

Nous ne sommes pas ici pour nous donner bonne conscience. Refuser une réforme de fond, c’est accepter que des milliers de jeunes issus des classes populaires continuent à être exclus des plus hautes responsabilités de l’État. C’est acter que ce sont les mieux dotés qui s’accaparent les ressources scolaires. 

Nous ne voulons ni mesure cosmétique ni demi-réforme. Nous voterons contre ce texte, qui cautionne la promotion de quelques parcours d’exception pour continuer à vendre les ignobles mensonges de la méritocratie. C’est une occasion manquée de repenser notre modèle, de bâtir une véritable académie de l’égalité et de l’émancipation. Ecole réellement gratuite, lutte contre la ségrégation scolaire, service national de l’orientation, arrêt de la privatisation de notre système d’éducation… L’égalité des droits ne se décrète pas, elle se construit. 

Pour cela, il ne suffit pas d’ouvrir une porte, il faut abattre les murs qui empêchent encore trop de jeunes d’y accéder.

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Publiée sur Blog de Thomas Portes