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Thomas Portes
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En mission d’observation à Sarajevo, à la veille d’élections décisives

Observateur des élections de dimanche pour l’OSCE, je suis à Sarajevo dans un pays sous quasi-tutelle internationale depuis les accords de Dayton.

« Sa mort nous rappelle une nouvelle fois cette période de lutte, de sacrifices, de grands défis sur le chemin menant à la création de la Républika Srpska ». Ces mots sont ceux par lesquels Milorad Dodik, ancien président de l'entité république serbe de Bosnie et ancien membre de la présidence de la Bosnie-Herzégovine, a rendu hommage à Biljana Plavšić, elle aussi ex-présidente de la république serbe de Bosnie. Condamnée pour crime contre l’humanité, elle est décédée le 1er octobre, jour de mon arrivée dans le pays.

C’est dans ce contexte particulier que je suis à Sarajevo pour assurer une mission d’observation des élections en tant que membre de l’OSCE. Dimanche vont se tenir en Bosnie-Herzégovine des élections nationales, sur fond de tensions politiques, poussées nationalistes mais aussi de crise institutionnelle quasi permanente.

Peuplée de 2,3 millions d’habitants, la Bosnie-Herzégovine est une république fédérale dont le système politique est issu des accords de Dayton de 1995. Le pays est composé de deux entités : la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine (majoritairement bosniaque et croate) et la Republika Srpska (majoritairement serbe). Le District de Brčko, couloir terrestre stratégique et grand port du pays, est un territoire neutre dans lequel les habitants choisissent un rattachement à l’une ou l’autre des entités.

Pour complexifier un peu plus la situation, les accords de fin de guerre ont créé un poste de « Haut-Représentant » pour la Bosnie-Herzégovine, qui a pour mission principale le maintien des mesures mises en place en 1995 pour maintenir la paix entre les différentes communautés. Dans les faits, il agit comme un super-président avec des pouvoirs exorbitants mais sans légitimité populaire ou électorale : il peut imposer des lois, proposer des réformes constitutionnelles, suspendre ou révoquer des responsables politiques... C’est un fait unique en Europe, qui place la Bosnie-Herzégovine, plus de 30 ans après la fin du conflit, sous quasi-tutelle internationale.

Cette situation renforce la tension entre, d’un côté, les dirigeants Croates et Bosniaques de la Fédération, qui considèrent sa présence comme une garantie de stabilité et de paix, et, de l’autre, les responsables politiques de la Republika Srpska, soutenus par la Russie de Poutine, qui dénoncent une remise en cause de leur souveraineté et un mécanisme anachronique.

Ce dimanche, les électrices et les électeurs sont appelés à choisir parmi quelque 7 000 candidats pour pourvoir pas moins de 518 postes politiques. Ils et elles désignent, au niveau de l’Etat central, les 3 membres de la présidence collégiale tripartite et tournante (bosniaque, croate et serbe) ainsi que les 42 députés de la Chambre des représentants nationale. Au niveau des entités, Fédération de Bosnie-et-Herzégovine et République serbe de Bosnie, chacun des présidents sont également renouvelés, les 2 parlements, les représentants des cantons et les conseillers du district de Brčko.

Entre élans révisionnistes du génocide, alliances improbables permettant de former un gouvernement malgré la complexité des règles de représentation ethnique à respecter, introduction pour la première fois de 12 000 équipements d’identification biométrique et de scanners de bulletins de vote pour lutter contre la fraude et bataille d’influence entre acteurs internationaux comme la Russie, les Etats-Unis et l’Europe qui cherchent à défendre leurs propres intérêts géopolitiques, c’est un scrutin déterminant qui se joue ce dimanche.

Une salle de conférence vue du public ; sur l’écran, « Joint Parliamentary Briefings » et le logo de l’OSCE.
De nuit, un abribus couvert d’affiches électorales rouges de deux candidats.
Un grand panneau électoral éclairé la nuit : trois candidats du SDP sous le slogan « Jedna država. Jedan tim. »
Un panneau électoral du SDA au bord d’une avenue, sous un ciel bleu ; le nom « Izetbegović » en grandes lettres.
Deux pignons d’immeubles couverts d’affiches électorales du SDP, au soleil, au-dessus d’un mur tagué.
La façade d’un immeuble en pierre criblée d’impacts, avec des fenêtres et des climatiseurs.
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