Usage de la langue française aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024 — Discussion générale
Prise de parole en séance publique, première séance du jeudi 02 mai 2024 : Usage de la langue française aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024 › Discussion générale.
Le relevé d’archive
Séance publique, première séance du jeudi 02 mai 2024, sur « Usage de la langue française aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024 › Discussion générale ».
Prise de parole
Depuis l’annonce du choix de la France comme pays hôte des Jeux olympiques, nous assistons à un mauvais feuilleton : réquisition de logements d’étudiants, sommés de quitter leur chambre ; déplacement des sans-abri et des exilés au moyen de violences policières – pour exécuter ce nettoyage social ; expulsion de familles précaires ; fermetures des hébergements d’urgence. Les Jeux servent de prétexte à certains pour construire des infrastructures à l’impact environnemental colossal ou pour légaliser des politiques liberticides, en élargissant la surveillance de masse à l’aide de la vidéosurveillance algorithmique – contre laquelle les Insoumis se sont battus dans l’hémicycle. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Devant ce désastre qui semble inévitable, l’Assemblée – des rangs de la Macronie à ceux de l’extrême droite, en passant par ceux de la droite – voudrait concentrer ses efforts sur un sujet : favoriser l’usage du français lors des Jeux.
La présente proposition de résolution est inutile. En réalité, l’usage du français lors des Jeux olympiques bénéficie déjà de garanties renforcées, comme en atteste la signature d’une convention visant précisément à promouvoir la langue française et la francophonie durant les Jeux entre l’Organisation internationale de la francophonie et le Cojop de Paris 2024, le 28 juin 2023.
La résolution est également impraticable, de l’aveu même du délégué ministériel à la francophonie au ministère des sports et des Jeux olympiques et paralympiques, qui a admis que « garantir la présence du français aux Jeux est un défi quotidien ». Entre autres mesures absurdes, citons celle visant à faciliter « l’usage de la langue française pour les visiteurs étrangers », ou celle encourageant « les athlètes, les entraîneurs et les officiels […] à utiliser la langue française lors de toute rencontre avec la presse ». Comment mettre cela en pratique ? Vous faites de la communication politique !
Si les Jeux olympiques de 2024 offrent une occasion inégalée de promouvoir la pratique de la langue française et de renforcer la francophonie à travers le monde, nous refusons que le français soit instrumentalisé politiquement. D’un côté, vous prétendez défendre la langue française. De l’autre, vous vous en prenez à une chanteuse qui fait la fierté de la France. Vous souhaitez le rayonnement du français tout en vous attaquant à la chanteuse francophone la plus écoutée au monde, en tête des ventes dans quarante-six pays,…
…incarnation et vecteur du soft power français, donc de la francophonie. Vous êtes de véritables hypocrites !
Vous n’ignorez pas le contexte de l’examen de ce texte : une polémique raciste et identitaire (Exclamations sur les bancs du groupe RN) , ** liée à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, lors de laquelle Aya Nakamura pourrait interpréter une chanson d’Édith Piaf. Que n’a-t-on entendu sur les plateaux de télévision ! Qu’elle « ne chante pas en français », qu’elle « ne valorise pas la langue française », que Paris « n’est pas le marché de Bamako »… Le Rassemblement national, par la voix de Marine Le Pen, a même affirmé que le choix d’Aya Nakamura revenait à « humilier le peuple français ».
Ce qui fait honte à la France et aux Français, c’est qu’une organisation politique continue de faire du racisme sa boussole idéologique. (Mme Clémence Guetté applaudit. – Exclamations sur les bancs du groupe RN. ) Aya Nakamura vous dérange profondément, car elle incarne tout ce que vous détestez : la France créolisée qui se nourrit d’apports culturels du monde entier pour renforcer son universalisme ; la France d’Aya Nakamura et d’Édith Piaf, plutôt que celle de Bardella et de Le Pen ; la France de l’amour, plutôt que celle de la haine. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – Exclamations sur ceux du groupe RN.)
« La francophonie peut être un instrument de notre libération », disait Thomas Sankara. Ce concept a longtemps été ambivalent, utilisé soit dans le cadre d’un projet universaliste, soit comme un instrument de domination au service du pouvoir. Nous défendons aujourd’hui une francophonie des peuples, afin de construire un espace culturel de créolisation et une véritable communauté politique francophone. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Aurélien Taché applaudit également.) Nous aspirons à une francophonie solidaire d’une géopolitique non alignée, souveraine et altermondialiste, basée sur un dialogue égalitaire, sans relation de domination.
À cet égard, collègues, confrontés au premier génocide filmé par ses victimes en Palestine (« Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe RN) ,…
…vous avez une fois de plus manqué une occasion de faire du français une langue de paix. Pour citer la politologue Françoise Vergès, « la langue française échappe à la France ». Que cela vous plaise ou non, 80 % des 700 millions de personnes qui parleront le français en 2050 seront africaines.
La francophonie est un bien commun en constante évolution. Cette assemblée ne décidera pas seule de l’avenir de la langue française et de son utilisation.
Le groupe La France insoumise votera contre cette proposition de résolution. Comme le chante si bien Aya Nakamura : « Aujourd’hui nous sommes demain ». La France de demain mérite plus d’Aya Nakamura et moins de Marine Le Pen. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Jocelyn Dessigny s’esclaffe.)
Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.