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Thomas Portes

Prise de parole en séance

Avenir de la sidérurgie française

Date de l’acte

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Prise de parole en séance publique, deuxième séance du jeudi 12 juin 2025 : Avenir de la sidérurgie française.

Le relevé d’archive

Séance publique, deuxième séance du jeudi 12 juin 2025, sur « Avenir de la sidérurgie française ».

Prise de parole

Ma question est simple, monsieur le ministre : la vie des travailleurs et travailleuses de France compte-t-elle pour vous et pour le gouvernement ? En avril dernier, ArcelorMittal, plus gros employeur français dans l’acier, a licencié 636 personnes. Les 15 000 employés du groupe sont désormais tous menacés, qu’ils travaillent dans la production, la maintenance, la transformation ou les fonctions support. Au nom de mon groupe, j’apporte notre soutien aux salariés en lutte.

Lors de son dernier « 20 heures », Emmanuel Macron a balayé d’un revers de main toute intervention de votre gouvernement, refusant de « dépenser des milliards » et se voulant rassurant, en promettant qu’il exigerait des garanties de développement.

Mais ce n’est pas la question ! ArcelorMittal se développe : premier sidérurgiste mondial, il a réalisé 62,4 milliards de dollars de profit en 2024, ce qui ne l’a pas empêché de laisser plus de 600 familles sur le carreau, alors qu’il engageait dans le même temps une série de rachats et d’acquisitions.

En seulement trois ans, la famille Mittal a empoché 6 milliards d’euros, entre dividendes et rachats d’actions, soit la moitié des 12 milliards versés aux actionnaires ces dernières années. Ce groupe du CAC40 n’a jamais été aussi prospère, mais cela profite exclusivement aux patrons ultrariches, aux actionnaires et aux puissances étrangères.

Pire encore, le groupe utilise directement l’argent des Français pour licencier à tour de bras : 300 millions d’euros de fonds publics lui sont versés chaque année, sans aucune contrepartie.

Monsieur le ministre, le cas d’ArcelorMittal est un marqueur politique fort. Les travailleuses et les travailleurs en ont assez des fausses promesses de votre gouvernement ; ils ne supportent plus le « en même temps ». Quand Emmanuel Macron assure qu’il va sauver les sites de production de Dunkerque et de Fos, il ment. Il s’inscrit dans une longue tradition de trahisons présidentielles face aux salariés de l’acier. En 2009, ArcelorMittal fermait la grande aciérie de Gandrange, révélant les faux-semblants de Nicolas Sarkozy. En 2012, François Hollande, en campagne, assurait qu’il empêcherait la fermeture des sites sidérurgiques de Moselle, avant qu’un an plus tard, ArcelorMittal ne condamne définitivement les hauts fourneaux de Florange sous le regard bienveillant du pouvoir. Les travailleurs de l’acier ont la mémoire longue et n’oublient pas les trahisons présidentielles.

ArcelorMittal a déjà engagé l’enterrement de ses principaux sites en France. Le géant international l’a dit et répété : il considère que la main-d’œuvre française est trop chère. Le groupe continuera à délocaliser son activité en Asie pour réduire les coûts, et vous avez décidé de le laisser faire et de le regarder. Cédant aux sirènes du capitalisme ultralibéral, vous détruisez tout et le fascisme prospère sur ces cendres. La désindustrialisation est l’un des terreaux les plus fertiles pour le Rassemblement national et l’extrême droite. Les territoires délaissés par l’industrie sidérurgique sont ceux où la vague brune se répand le plus rapidement et durablement.

La souveraineté industrielle est l’un des grands poncifs macronistes, pourtant vidée progressivement de son sens à chaque fois que votre gouvernement l’emploie. Quelle est votre vision de notre souveraineté industrielle quand vous laissez le fret ferroviaire mourir, les infrastructures ferroviaires à l’abandon et les transports, autrefois publics, passer aux mains d’opérateurs étrangers et privés ? Quelle est votre vision de la souveraineté sanitaire quand le Doliprane, médicament le plus vendu en France, devient américain, et que vous ne réagissez pas ?

Les 15 000 employés du groupe ArcelorMittal produisent deux tiers de l’acier français. Ce sont elles et eux qui nous permettent de construire nos routes, nos véhicules, nos avions, nos chemins de fer. Derrière les emplois des travailleurs de l’acier, il y a ceux des cheminots, des ouvriers de l’automobile, de l’aéronautique, des charpentiers, de la marine. Le travail des salariés de la sidérurgie conditionne notre capacité à nous défendre, à nous déplacer, à nous loger, à nous fournir de l’énergie. Ce sont des savoirs et des savoir-faire qu’il faut conserver en France.

Alors, si ce géant capitaliste international doit partir, nous disons très clairement : qu’il parte ! La France peut produire de l’acier sans ArcelorMittal, et elle peut le faire mieux. Mittal, c’est 251 morts au travail depuis 2012, des salariés payés en moyenne 120 fois moins que le PDG, qui gagne plus de 6 millions d’euros par an.

L’entreprise refuse d’engager la nécessaire décarbonation de son site de Dunkerque, pourtant largement financée par l’argent du contribuable. Au cours des cinq dernières années, elle n’a payé qu’un euro d’impôt sur les sociétés en France. Nous exigeons de reprendre le contrôle de notre outil industriel : interdiction des licenciements quand l’entreprise verse des dividendes, conditionnement des aides publiques au maintien de l’emploi.

Alors – et ce n’est pas un gros mot –, assumons de nationaliser Arcelor, avec une gouvernance et des capitaux 100 % publics. Pour relancer l’emploi dans le secteur et ancrer notre souveraineté industrielle, c’est le choix évident. L’Italie l’a fait, le Royaume-Uni aussi, et même le Kazakhstan.

Nous savons faire : l’augmentation de capital de la SNCF et la montée de l’État au capital d’EDF, du même ordre de grandeur, le prouvent. C’est du bon sens, même au regard des indicateurs économiques qui semblent être votre seule obsession. La nationalisation éviterait des millions d’euros de coûts et générerait des milliards de bénéfices, au service du pays. L’évitement fiscal, l’argent public déjà investi et le refus d’ArcelorMittal de respecter ses engagements climatiques sont autant de leviers de négociation.

Les Français ont d’ailleurs bien compris que la production française de l’acier devrait être un bien commun : 70 % d’entre eux sont favorables à cette nationalisation. Les salariés la demandent, les économistes l’approuvent, les citoyens sont d’accord. Monsieur le ministre, votre refus de nationaliser ArcelorMittal en est une confirmation morbide : vous êtes un gouvernement au service des ultrariches, pillant sans scrupule l’argent public tout en démolissant la vie des travailleurs.

Je veux ici réaffirmer le soutien plein et entier de mon groupe aux 60 000 salariés de la sidérurgie, qui œuvrent bien davantage pour l’intérêt général que n’importe quel membre de ce gouvernement.

Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.