Les parasites sont en cols blancs !
Mardi, le drôle de monde des macronistes s’est réveillé avec une bonne nouvelle : la multinationale TotalEnergies a engrangé en 2022 plus de 20 milliards de bénéfices.
Un non-sens pour nous, une incroyable réussite qui va ruisseler sur la France pour Bruno Le Maire.
Plus tard dans la matinée, Olivier Véran s’est adonné à une conférence de presse pour commenter les chiffres, félicitant la multinationale pour ce nouveau record du CAC 40. Il était assez savoureux de le voir s’arrêter de fanfaronner lorsqu’un journaliste lui a fait remarquer qu’il reprenait quasiment mot pour mot les éléments de langage…du communiqué de presse de Total. Olivier Véran est donc, en plus de porte-parole du gouvernement, VRP chez Total. Un homme occupé.
Les scandales financiers s’accumulent. Mercredi, c’est le tour de Vinci, qui réalise un bénéfice net en 2022 en hausse de 64 %, soit 4,26 milliards d’euros, et qui annonce une augmentation de 4 % des tarifs pour les usagers des autoroutes. Nous travaillons, nous payons, ils récoltent. L’accaparement de la richesse nationale par une poignée de privilégiés ne date pas d’hier, mais jamais elle n’aura été aussi dense que sous le règne de Macron, qui multiplie les aides et les cadeaux aux milliardaires et aux multinationales. D’ailleurs, il faut sans cesse le rappeler : la fortune des milliardaires dans le monde a davantage augmenté en 19 mois de pandémie qu’au cours de la dernière décennie. Leur richesse s’étend quand s’étend la misère des autres. La crise leur profite. Quant à vous, ce sera 100 balles et un mars. En pleine inflation, circulez, il n’y a rien à voir.
Un drôle de monde donc, qu’est celui de la macronie. Un monde où le travail des salariés serait loin d’être difficile, où les travailleurs d’usine seraient perchés sur des « exosquelettes » pour porter des charges lourdes, où les régimes spéciaux seraient inutiles, où les AESH choisissaient leur métier « pour profiter des vacances scolaires », où les SDF seraient dehors par choix…. Un monde où les gens prendraient plaisir à travailler jusqu’à 64, 65, 66 ans ! Et demain, pourquoi pas jusqu’à la mort. Tous ceux qui ne sont pas productifs sont un poids mort à éliminer pour ces gens-là.
Député depuis juin, j’apprends à cohabiter avec ces anciens chefs d’entreprises, professionnels du pantouflage devenus députés au sein de l’Assemblée nationale, et pas un jour ne passe sans que leur mépris envers la classe laborieuse n’explose au travers de leurs propos. Avant-hier, alors que le député de la France insoumise Laurent Alexandre intervenait pour défendre les régimes spéciaux en parlant de sa propre expérience comme salarié en usine, un député de la majorité a jugé bon de lui crier : « Eh bien retournes-y ! ». En réalité, ils ne supportent pas de nous voir siéger si près d’eux, ouvrière agricole, ancien cheminot, aide-soignante, femme de ménage. Mais qu’ils s’y fassent ! Le peuple a fait une entrée fracassante au sein de la représentation nationale grâce à la NUPES. Nous siégeons avec fierté. Nous siégeons avec responsabilité. Nous sommes ici pour porter haut et fort la voix de celles et ceux qui nous ont élus, et nous ne nous tairons pas !
Depuis 3 jours, les discussions sont particulièrement houleuses puisque l’insupportable réforme des retraites, décriée à travers tout le pays, a fait son retour en hémicycle depuis lundi. Si le mépris qui trône en maître dans la majorité ne cesse de fuser, les échanges montrent deux visions de la vie foncièrement différentes. Je crois que c’est pour cela que tant de gens sont mobilisés contre la réforme – plusieurs millions sont dans la rue chaque semaine – les Français ont bien compris qu’il ne s’agissait pas d’une formalité, mais du choc de deux projets pour l’avenir de notre histoire commune. Cette histoire, ils y sont attachés, et ils ne l’abandonneront pas si facilement, n’en déplaise à ceux qui tentent de nous en dépecer.
Installé sur les piliers de la solidarité et du partage, notre système de retraite représente tout ce qu’ils détestent profondément : l’intérêt général, la redistribution, l’aide intergénérationnelle, le droit au repos. Apparue après la guerre dans un pays ruiné et marqué à jamais dans son histoire par une souffrance commune, la France voit en son sein naitre l’une de ses plus belles inventions : la sécurité sociale, joyau français qui nous fait briller à travers le monde entier. C’est après la libération qu’est mis en place un système de retraite par répartition suffisamment ambitieux pour « protéger les vieux travailleurs » comme on peut le lire sur une ancienne affiche, une vision profondément révolutionnaire mise en place sous l’égide d’Ambroise Croizat, alors ministre du Travail communiste. Une avancée sociale historique, un droit au repos après une vie de labeur. La retraite cesse alors d’être « l’antichambre de la mort”, mais une nouvelle étape de la vie. C’est ainsi que nous, à la NUPES, nous la concevons également. C’est cette vision de la vie pour laquelle nous nous battons. C’est la vision que la caste bourgeoise qui nous gouverne tente de détruire par tous les moyens. Nous ne la laisserons pas faire.
« 2 ans de plus, ce n’est pas grand-chose », « le travail a changé, il est moins dur », « nous vivons plus vieux, il faut travailler plus longtemps », « le déficit doit être comblé » disent-ils, où-même« vous êtes le camp de la paresse » quand ils sont à court d’argument. Pour ma part, je ne pense pas que l’on puisse qualifier une femme ou un homme qui a travaillé jusqu’à 60 ans, et qui réclame avec raison le droit au repos, de « paresseux ». Les paresseux sont ailleurs, mais certainement pas dans le camp des travailleurs. Les paresseux sont en cols blancs. Les paresseux sont celles et ceux qui se transmettent des fortunes toujours plus grosses de génération en génération, protégeant ainsi leur classe. Ce sont ceux qui pratiquent l’évasion fiscale massive qui nous fait perdre chaque année quelques 80 milliards d’euros. Ce sont ceux qui délocalisent des usines au fin fond du monde pour payer moins cher des salariés sans droit ni protection. Ce sont ceux qui vampirisent la richesse de notre pays au détriment de la masse que nous formons. Ce sont ceux qui parasitent nos vies, nos ressources, nos droits, et qui maintenant s’attaquent à notre repos, après une vie de labeur à leur service. Attention à la masse qui dort… On ne sait jamais vraiment ce qui déclenchera son éveil. Mais quand cela arrive, la poignée de parasite qui protège son pouvoir par la force n’a aucune chance face au soulèvement d’un peuple en colère.
Une chose est sûre, c’est qu’une fois de plus, et sans surprise, l’extrême droite montre sur cette bataille de quel côté elle est. Le RN est, et restera, l’idiot utile du capital. Avec à peine 3 amendements par député, le RN fait preuve d’une véritable paresse parlementaire. Une paresse qui dessine une réalité, celle d’un courant politique qui ne fait aucunement opposition à cette réforme, n’appelle jamais à soutenir les grévistes, et déserte sans gêne les commissions à l’Assemblée. Il faut dire qu’au moment de la création de la sécurité sociale en 1945, leurs ancêtres n’étaient pas aux côtés des communistes. Ils étaient à leur juste place, dans nos prisons, pour avoir collaboré avec l’occupation nazi. N’oublions jamais l’histoire de notre pays, n’oublions jamais sur quels fondements s’est construit le Front national.
Nous faisons notre part à l’Assemblée. Nous prenons chaque instant que le maigre débat nous offre pour parler de ce qu’est vraiment le travail, pour parler des travailleurs, de leurs conditions, de la douleur que peut entraîner le quotidien au travail, de leur situation, de leur droit de souffler dans la dignité. Le peuple prend sa part également : 2 millions, puis 3 millions, les manifestations de ces derniers jours ont été monstrueuses. Il faut continuer, nous ne devons rien leur céder, pas une seconde de répit.
Je vous donne rendez-vous samedi 11 février dans la rue, et le jour d’après, puis celui d’après. Ensemble, faisons rugir la colère, montrons ce qu’une masse réveillée est capable de faire.
