Soutien aux salariés de l’usine SOVAB de Renault, à Batilly (54)
7H30, mardi 4 mars, gare de l’Est, direction la Meurthe-et-Moselle pour aller à la rencontre des salariés de l’Usine Renault SOVAB de Batilly.
À l’image de l’ensemble de l’industrie automobile française, chez Renault les plans sociaux et les fermetures de sites se multiplient. En 15 ans, le secteur a perdu 100 000 emplois nets dont 25 000 sur les 5 dernières années.
Ici, sur le bassin lorrain, dans une terre meurtrie par les restructurations des sites sidérurgiques des années 80, l’usine SOVAB avait incarné lors de son implantation un espoir et un horizon pour des milliers de travailleurs. Aujourd’hui, elle est la première usine du département avec plus de 2500 salariés. Avec ma camarade et ancienne députée, Martine Etienne, nous arrivons sur le site. Au détour d’un virage, au milieu de nulle part, surgit devant mes yeux cette immense usine. Une image saisissante, des utilitaires à perte de vue.
L’inquiétude est grande chez les organisations syndicales. Les récentes orientations stratégiques de la direction interrogent, la brutalité des dernières annonces fait craindre le pire : baisse de production, suppression de 700 postes d’intérimaires sur 1000, arrêt des heures de nuit .. Nous sommes reçus par l’intersyndicale (CGT-SUD-FO) et la secrétaire CGT du CSE. Très rapidement nous rentrons dans le vif du sujet : taxes, production, normes, stratégie industrielle … Le témoignage des syndicalistes ainsi que leur expertise sont pour nous, élus, précieux. La direction de Renault, plutôt que réfléchir en termes de tableur excel et de courbes, serait bien inspirée de mieux s’appuyer sur celles et ceux qui connaissaient le mieux l’usine et les besoins des clients. Les syndicalistes indiquent en effet que le nouvel utilitaire produit sort en prix de vente à plus de 40.000 euros, un montant tout à fait inaccessible pour la très grande majorité des TPE-PME, qui représentent preque 20% des clients de l’usine. De quoi s’interroger sur la déconnexion de la direction de Renault.
Si j’ai souhaité venir soutenir ces salariés en lutte, c’est aussi pour montrer que d’autres choix sont possibles dans l’industrie automobile française. La situation de SOVAB est un symbole du renoncement de l’État face aux puissances de l’argent et aux grands groupes. Comme je l’ai évoqué plus haut, les suppressions d’emplois massives dans l’industrie ne doivent rien au hasard. Ce sont les choix politiques des gouvernements successifs qui ont mené à ce désastre. Pourtant, le groupe Renault vit bien : 240 millions d’euros de dividendes versés aux actionnaires en 2023, un PDG qui touche un salaire 5,5 millions d’euros; et c’est encore aux salariés qu’on demande de faire des efforts. En plus du licenciement de 700 intérimaires, la direction a réorganisé la production en supprimant le travail de nuit. Cela va se traduire pour les salariés par des pertes sèches de 400 à 500 euros. Au regard du coût de la vie et du montant des salaires, cette décision aura des conséquences terribles pour des centaines de familles qui vivent parfois sur un seul revenu.
Au cours de la discussion, le nom d’un coupable est sur toutes les lèvres : l’État. Actionnaire à 15% de Renault, le gouvernement d’Emmanuel Macron est silencieux. Un silence qui interroge alors même que ce groupe est gavé d’argent public : 238 millions d’euros d’aides par an et plus de 4 milliards d’euros de prêts garantis. Où est l’État actionnaire ? Où est l’État stratège ? Emmanuel Macron parle à longueur de journée de souveraineté et de réindustrialisation mais laisse Renault saccager un outil industriel au nom de logiques financières.
Il y a urgence à conditionner l’ensemble des aides publiques aux constructeurs au maintien des emplois en France au sein de leur propre groupe, ainsi que chez les sous-traitants dont ils représentent plus de 30% du carnet de commande.
À l’heure de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, la question des taxes de douanes et des normes environnementales est aussi une préoccupation centrale pour les syndicalistes. Le sauvetage puis la relance de l’industrie automobile française doivent aussi s’inscrire dans une démarche de planification écologique pour transformer notre parc automobile. La bifurcation du secteur automobile est un enjeu industriel clé. Nous consommons 60% d’énergies fossiles dans notre mix énergétique, principalement en raison du transport, seul secteur dont les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en France ces dernières années.
Pour réduire notre consommation d’énergies fossiles le plus rapidement possible, il faut principalement réduire l’usage des voitures thermiques et développer des transports en commun publics accessibles pour favoriser le report modal. Bien que la production de véhicules électriques soit moins intensive en emplois que la production de véhicules thermiques, relocaliser la production de 700 000 véhicules électriques légers par an en France créerait à terme 25 800 emplois directs.
Avant de rentrer à Paris pour assister à la réunion de constitution du groupe d’études kurdes dont je suis le président, je redis aux représentants des organisations syndicales qu’ils ne sont pas seuls. Partout dans le pays, des salariés entrent en résistance pour défendre l’industrie et les services publics. Je tiens aussi à indiquer qu’il n’y a pas de fatalité : la France demain peut avoir une industrie forte en engageant à la fois la bifurcation écologique et sa souveraineté industrielle. Notre groupe parlementaire propose pour cela un plan tenant en 10 mesures ambitieuses à adopter de toute urgence pour stopper l’hémorragie, protéger nos emplois et organiser la bifurcation écologique du secteur. L’ensemble de ces mesures vise à encourager une production relocalisée, ajustée aux besoins de la population, accessible financièrement et répondant aux impératifs environnementaux. La puissance publique, si elle se donne les moyens d’une réelle planification, peut y parvenir.
Avec ma collègue Alma Dufour nous allons interpeller le ministre de l’Économie et allons dans les prochains jours organiser à l’Assemblée nationale une audience des syndicats de plusieurs sites de Renault touchés par le naufrage de l’industrie. Il n’y a aucune fatalité. Le combat ne fait que commencer.


