Comme le disait Anas dans son testament « N’oubliez pas Gaza »
Jamais je n’aurais cru vivre ce moment. Celui où tu apprends en direct la mort d’un journaliste que tu suis depuis sur les réseaux sociaux quotidiennement. Voilà deux ans que je me répète cette phrase et pourtant le scénario se répète inlassablement.
Il faut que dire que l’on ne s’habitue pas à l’horreur, et c’est tant mieux. L’onde de choc qui nous traverse est proportionnelle à notre niveau de sidération. Comment en 2025 un état qui se prétend être une démocratie peut exécuter sous les yeux du monde des journalistes.
Hier soir, un peu après 22h la nouvelle est tombée. La journaliste Palestinien Anas Al-Sharif a été assassiné par Israël. Les images sont terribles. Comme à chaque fois que je me dis : Ce n’est pas possible. Je n’y crois pas immédiatement. Nous parlons d’un journaliste. D’un homme dont le travail est d’informer. Sur X je regarde sidéré ses derniers messages. Oui Anas est mort. Plusieurs de ses collègues ont aussi été tués. Jusqu’au bout Anas aura été la voix des palestiniens. Jusque dans les dernières minutes de sa vie il aura commenté et documenté les crimes de l’armée israélienne. Plus qu’un journaliste, c’était un héros du quotidien qui au péril de sa vie aura tenu à être les yeux du monde au sein de la bande de Gaza.
Depuis plusieurs semaines Anas se savait menacé. Le porte-parole arabophone de Tsahal l’avait nommément ciblé faisant clairement de lui un objectif à abattre.
En France dans les médias un autre porte-parole de l’armée israélienne avait menacé les journalistes expliquant « qu’il avait une liste de noms ». Malgré les alertes, les appels au secours … rien n’a été fait pour le protéger. Ni la profession, ni les instances internationales se sont intervenues. Anas Al-Sharif, Muhammad Qariqa, Ibrahim Zaher, Moamen Alwe, Muhammad Nofal viennent ce soir s’ajouter à la trop longue liste des plus 200 journalistes exécutés par Israël. Jamais un tel niveau de massacre contre des journalistes n’avait été atteint dans l’Histoire. Il faut mesurer l’ampleur ce qu’il se passe. Le nombre de journalistes assassinés par Israël depuis le 7 octobre est supérieur à celui des journalistes tués lors des deux premières guerres mondiales.
Les mots ont un sens. Il faut dire clairement les choses. Hier soir, nous avons assisté à une véritable exécution. Cela ne doit rien au hasard. Israël cible les journalistes pour tenter de cacher au monde la réalité du génocide. Israël a un ennemi : la vérité. En exécutant des journalistes Israël cherche a effacer la vérité, empêcher le monde de voir les images et rendre impossible la collecte de preuves. Ne les abandonnons pas comme nous l’avons fait pour Anas. Les journalistes palestiniens sont des héros, et je demande aujourd’hui que leur soit décerné le prix Nobel de la paix.
Quand je parle d’abandon comment ne pas évoquer le silence de mort des collègues français. Si demain Poutine exécutait plusieurs journalistes Ukrainiens il y aurait, et à juste titre, des condamnations unanimes et des heures d’émissions spéciales. Et pour Anas et ses collègues ? Rien ou si peu. Comme si la vie des Palestiniens ne valait rien. Comme si ce n’était pas des vrais journalistes. Une remarque du secrétaire général de RSF m’a beaucoup marqué « c’est la première fois que quand des journalistes sont tués on me demande si ils sont bien journalistes et qu’on essaye de les salir après leur mort ». En France la profession doit se lever, pour Anas, pour Mohammad, pour Ibrahim et pour tous les autres. Elle doit dénoncer ces exécutions mais aussi exiger la fin des invitations sur les plateaux télés des génocidaires israéliens comme le porte parole Olivier Rafowicz ou l’Ambassadeur du génocide Joshua Zarka.
Quelques minutes après l’exécution d’Anas la machine à propagande israélienne s’est mise en marche. L’impunité d’Israël est elle que Tsahal a revendiqué l’assassinat expliquant qu’Anas était membre du Hamas et responsable d’une cellule terroriste. Qui peut croire une seconde à cela alors même qu’Anas passait ses journées soir en duplex soit a documenter le génocide en cours.
Anas était journaliste, et mille fois moins terroriste que les journalistes d’I24news. Anas était une voix au service de la Palestine et de son peuple.
Cette exécution d’une équipe entière d’Al Jazeera intervient au moment où Israël entame sa phase finale du génocide. Là non plus ce n’est pas un hasard. C’est un signal envoyé par Israël. Personne ne sera épargné. Israël veut imposer un silence total. Israël veut réaliser son génocide sans son, sans images.
Comme le disait Anas dans son testament « N’oubliez pas Gaza » a-t-il écrit comme testament.