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Thomas Portes
Actualités

Plongée au cœur des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila et de Mar Elias à Beyrouth.

Avec ma collègue députée Andrée Taurinya, Olivier Besancenot et Salah Hamouri, nous avons ce matin visité le cimetière des martyrs de la cause palestinienne ainsi que les camps de réfugiés de Sabra et Chatila et de Mar Elias à Beyrouth.

Un moment fort, chargé d’histoire et d’émotion.

La diversité des nationalités (française, italienne, japonaise, bangladaise, turque, algérienne, libanaise, syrienne, iranienne, égyptienne, tunisienne) représentées au cimetière des martyrs témoigne de l’ampleur de la solidarité internationale qui, depuis toujours, accompagne la lutte du peuple palestinien pour sa libération et son droit à l’autodétermination.

Depuis 1949, le Liban accueille des camps de réfugiés palestiniens, dont ceux de Sabra et Chatila. Ces camps portent les traces indélébiles des martyrs et d’une histoire douloureuse, mêlant accueil, solidarité, résistance, trahisons, promesses non tenues et massacres.

Le plus marquant demeure celui de Sabra et Chatila.

En 1982, les milices phalangistes, soutenues par l’armée israélienne commandée par le général Rafael Eitan ont perpétré un massacre atroce, assassinant plusieurs milliers de personnes, pour la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées.

Cette tuerie, gravée dans la mémoire collective, éclaire encore aujourd’hui la position de la résistance libanaise face à la question du désarmement.

Comme l’a rappelé un habitant rencontré dans le camp, rescapé de 1982 :

« Nous n’avions plus d’armes pour nous défendre. Nous avons été massacrés. Aujourd’hui, une partie du Liban reste occupée par Israël, notre peuple est victime d’un génocide, et l’on nous demande de nous désarmer. Mais qui nous protégera ? »

Un témoignage qui résonne avec nos rencontres avec les forces politiques libanaises : le désarmement n’est pas tabou, mais il ne pourra être envisagé que lorsqu’existera une armée nationale libanaise capable de protéger son peuple.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui, et les États-Unis ont d’ailleurs réaffirmé leur opposition à cette perspective.

« Si l’UNRWA disparaît, nous aussi. »

Cette phrase, entendue à plusieurs reprises, résume la situation dramatique des camps. Des milliers de Palestiniens y survivent dans des conditions inhumaines. Tous rappellent l’importance centrale du droit au retour, constamment remis en cause depuis la Nakba, encore plus aujourd’hui avec le génocide à Gaza, l’accélération de la colonisation en Cisjordanie et les attaques contre l’UNRWA.

Au détour des ruelles étroites et insalubres, nous avons visité une association de couture qui fabrique des uniformes pour les écoliers. Là encore, les coupes budgétaires de l’UNRWA frappent de plein fouet : la responsable de l’association nous explique avoir dû interrompre son traitement contre le cancer, désormais inaccessible en raison de leur cout (3 500 dollars par mois), une somme inabordable pour des réfugiés privés de droits élémentaires.

Au Liban, plus de 70 professions leur sont interdites, l’accès à la priorité immobilière ne leur est pas permis et, la grande majorité, ne bénéficient d’aucune sécurité sociale. Beaucoup ne survivent que grâce à des postes rémunérés par l’OLP.

Avant de quitter le camp pour rencontrer les organisations palestiniennes en exil, nous traversons une « extension » où s’entassent réfugiés palestiniens, Libanais et Syriens. Un espace de misère sociale qui incarne la crise économique majeure frappant le pays, plongeant des milliers de familles dans la pauvreté.

Au camp de Mar Elias, nous avons échangé avec des représentants du FPLP et du FDLP. Marwan Abdel Allseul, membre du bureau politique du FPLP, a insisté :

« Gaza a mis le monde face à un miroir qui divise l’humanité en deux blocs : ceux qui soutiennent la résistance et ceux qui soutiennent le génocide. »

La gauche palestinienne, affaiblie mais lucide, alerte :

« Notre présence, à l’intérieur comme à l’extérieur du Liban, est menacée. »

Selon eux, Israël envisage la normalisation avec les pays arabes sans reconnaître aucun droit aux Palestiniens.

Mais les événements actuels démontrent l’impossibilité d’une telle entreprise.

À la question de l’avenir, ils répondent sans détour :

« Nous voulons la paix. Mais eux (les Américains et les Israéliens) veulent notre reddition. »

Alors que plusieurs pays viennent de reconnaître l’État de Palestine, ils se montrent critiques :

« Cette reconnaissance est conditionnée à ce que l’État palestinien soit désarmé. Or, nous faisons face à une force qui ne reconnaît ni notre existence ni nos droits. Chaque jour, l’annexion progresse. Israël a effacé tout ce qu’Oslo avait instauré dans les zones A, B et C. »

En conclusion, ils livrent un dernier message, centré sur la solidarité internationale :

« Ce n’est pas l’occupant qui nous offrira un État, mais la résistance et les sacrifices qui l’arracheront. Nous comptons d’abord sur nos peuples, puis sur nos alliés, et aussi sur les peuples du monde qui se mobilisent contre leurs gouvernements complices. »

Cimetière ombragé où les stèles portent des portraits et des inscriptions en arabe.
Fresque murale représentant un homme en keffieh, peinte sur un mur au-dessus d’une rue.
Ruelle étroite d’un quartier dense, enchevêtrement de câbles électriques au-dessus des passants.
Un homme de dos devant un mémorial en plein air, panneau bilingue et gerbe déposée au pied du monument.
Réunion dans une salle bordée de rayonnages de livres, un intervenant debout s’adressant à l’assistance.
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Publiée sur Blog de Thomas Portes