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Thomas Portes
Actualités

Palestine – Liban, Chronique d’une semaine médiatique ordinaire en France

« Embargo sur les armes utilisées par Israël à gaza ». Après un an de massacre et plus de 42.000 palestiniens assassinés par l’armée israélienne, Emmanuel Macron pose enfin la question de la livraison d’armes à Israël.

Certes ce ne sont que des mots, et cela exclu les massacres commis en Cisjordanie et au Liban, mais c’est une victoire politique à mettre aux crédits des mobilisations et de toutes celles et ceux qui n’ont pas cédé malgré les menaces et les insultes. Des mots qui ont valu au président de la République les pires insultes, certains l’accusant de lâcher la communauté juive de France voire de céder à « la pression de sa rue arabe » et une bordée de sifflets lors la citation de son nom en marge de l’hommage du CRIF aux victimes du 7 octobre. Emmanuel Macron expérimente ainsi ce qu’il en coûte de ne pas s’aligner sur le soutien inconditionnel au gouvernement génocidaire israélien. Depuis le plateau de BFM à Tel-Aviv la députée marconiste Caroline Yadan, à la pointe du soutien au gouvernement Netanyahou, a dit toute sa colère contre ses déclarations, à deux doigts de qualifier le président Macron d’antisémite.

Je dois dire que je suis assez surpris par le peu de réactions médiatiques et politiques sur les sifflets contre Macron. Imaginez un peu que des militants insoumis aient sifflé le nom du Président lors d’un hommage en mémoire de victimes ? Nous aurions eu des heures d’émissions télés, certains auraient sans doute appelé à la dissolution de notre mouvement politique. Ici rien ou si peu, certains excusant même le CRIF en parlant d’émotion. Les sifflets ne sont pas dus au hasard et encore moins à l’émotion. Ils traduisent la ligne politique du CRIF qui s’évertue à attaquer et qualifier d’antisémite toutes celles et ceux qui ne sont pas des soutiens inconditionnels du gouvernement israéliens et des massacres à Gaza.

Pour faire oublier cette séquence, l’officialité médiatique a elle-même crée une polémique. Je veux parler de la fameuse affaire « des drapeaux ». Alors que le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Patrick Hetzel, prenait comme première décision la publication d’une circulaire invitant les universités à veiller au “maintien de l’ordre” et au respect “des principes de neutralité et de laïcité du service public de l’enseignement supérieur”, Jean-Luc Mélenchon réagissait à cet abus de pouvoir en appelant les étudiants à mettre dès le 8 octobre des drapeaux palestiniens et libanais partout dans les universités. Une prise de position insupportable pour la caste médiatique de ce pays qui s’est ruée sur les plateaux télés pour dénoncer des appels à la haine et une stratégie visant à jeter de l’huile sur le feu. Mais de quoi parle-t-on ? On parle de drapeaux. Celui de la Palestine dont la France a voté la reconnaissance il y a plus de 10 ans et celui du Liban, pays ami et frère pour la France. C’est un appel en réaction à l’abus de pouvoir du ministre qui veut interdire toute mobilisation au soutien de la Palestine, instrumentalisant au passage la question de la laïcité. Quel est le rapport entre des mobilisations pour la paix et l’application du droit international et la laïcité ? Les mauvais esprits y verraient surtout un racisme décomplexé. Après les propos du ministre de l’intérieur Retailleau, ce gouvernement réactionnaire continue d’entretenir un racisme d’atmosphère traçant ici un trait entre laïcité mobilisation Palestine et musulmans. La ficelle est toujours la même. Comme j’ai pu le mesurer à Sciences Po paris cette semaine, les étudiants n’ont que faire des directives d’un ministre illégitime. Face à la situation à Gaza et au carnage permanent cette jeunesse ne se soumettra à aucun ordre du pouvoir. La dignité ne se négocie pas. Cette jeunesse fait honneur à la France pendant tant que de gens regardent ailleurs. Si le bilan à Gaza n’était pas si dramatique, cette affaire pourrait être drôle. J’ai passé plusieurs jours à faire le tour des plateaux télés pour parler de drapeaux que certains présentaient comme des armes de destruction massive. Ces gens sont tellement déconnectés des réalités qu’ils ne se rendent même plus compte du ridicule de la situation. Un gouvernement assassine des civils, affame un peuple et leurs préoccupations tournent autour de la présence de drapeaux dans les universités. Il faut dire qu’il n’aime pas qu’on leur rappelle leur partialité dans le traitement médiatique de la situation. Ma camarade, députée européenne, Rima Hassan a pu en faire l’expérience sur le plateau de BFMTV. Invitée elle aussi pour réagir aux fameux drapeaux, elle a indiqué que la ligne éditoriale de la chaine avait été saluée par le porte-parole de l’armée israélienne, ce qui à ses yeux était un problème. Réaction du duo Alain Marschall et Olivier Truchot : interruption immédiate de l’interview. Une fois de plus ils se ridiculisent eux-mêmes illustrant ce que Rima Hassan dénonçait quelques minutes auparavant. Alors que le porte-parole de l’armée Israélienne a plateau ouvert quasi quotidiennement pour donner sans contradiction sa vision de la situation, la voix discordante de Rima est réduite au silence par BFM. Ça s’appelle une ligne éditoriale, et apparament ils ont du mal à l’assumer. J’ai pu en faire moi-même l’expérience le lendemain sur France Info où j’ai posé à plusieurs reprises la question de savoir combien de reportages avaient été diffusés par la chaine au sujet des journalistes palestiniens assassinés par Israël. Après quelques secondes de flottement Gilles Bornstein, journaliste politique de France Info, a lui-même dit « sur les journalistes aucune c’est vrai ». AUCUNE. Pour ceux qui sont intéressés par le traitement médiatique de cette guerre, je vous invite à lire sur superbe article d’arrêt sur image intitulé : « TF1, FRANCE 2 : 29 HEURES DE JT, 5 MINUTES POUR LES GAZAOUI·ES »

Une fin de semaine qui marque un tournant. Après des mois de guerre et d’horreur, Israël a franchi un nouveau cap en ciblant à deux reprises la FINUL, la force onusienne présente au Liban depuis 1978, blessant plusieurs soldats. Cette attaque directe marque une stratégie délibérée du gouvernement israélien contre les nations unies, accusées par Netanyahou d’être au service des terroristes et de l’antisémitisme. Alors que nous avons plus de 700 soldats français engagés sur le terrain, une réaction était attendue. Enfin, et alors que je le demande depuis des mois, Paris a décidé ce soir de convoquer l’ambassadeur israélien pour qu’il s’explique. De son côté le Président de la République a dit depuis Chypre : « Nous le condamnons, nous ne le tolérons pas et nous ne tolérerons pas que cela se reproduise ». Il faut dire que de Paris à Dublin en passant par Madrid cette attaque ne passe pas. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a exhorté vendredi la communauté internationale à cesser de vendre des armes à Israël. Il faut passer des mots aux actes concrets. Netanyahou ne comprend que le rapport de force et la diplomatie de fer. Il n’a que faire des communiqués de presse du quai d’Orsay et des tweets de Macron. C’est par des sanctions que nous le ferons céder et obtiendrons la paix. Comme nous l’exprimons depuis des mois, nous exigeons avec la France Insoumise que la France, membre permanent du Conseil de Sécurité, assume enfin ses responsabilités en réclamant un embargo immédiat sur les armes, des sanctions économiques contre l’État israélien, la suspension de l’accord d’association entre l’Europe et Israël, ainsi que la reconnaissance immédiate de l’État de Palestine. Chronique d’une semaine ordinaire en France quand on parle de la Palestine et du Liban

BFMTV en double écran : un homme en plateau et une femme au micro, bandeau « Macron sifflé au Crif : Rima Hassan sur BFMTV ».
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Publiée sur Blog de Thomas Portes